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23 décembre 2009 3 23 /12 /décembre /2009 21:28
st-trop-paques-20040050.jpgAlain Duhamel, Alain-Gérard SlamaJoseph Macé-Scaron, et tant d'autres, tempêtent à propos du débat sur l'identité nationale. Ils voudraient qu'il s'arrête. Sur le champ. Parce qu'ils considèrent que dans un contexte marqué par la votation suisse contre les minarets, un tel débat revient de plus en plus à déterminer l'identité nationale sinon uniquement du moins principalement par rapport à l'islam. De plus, une loi sur la burqa ne ferait qu'ajouter à la "confusion" voire "stigmatiserait" les "musulmans".
Ce qui est cependant pour le moins curieux. Puisque pour nos trois éminents experts cette burqa n'est pas censée être un vêtement précisément "musulman", mais plutôt "traditionnel" donc culturel ; or, dans ces conditions, en quoi son interdiction serait censée "stigmatiser" les "musulmans" ? Ce n'est pas un symbole musulman insistent-ils.  Sauf que celles qui le portent et ceux qui le défendent se réclament de l'islam, ce qui est gênant ; aussi comme le port d'un tel vêtement s'avère, selon nos éminents experts, "marginal", vaut mieux-t-il rappeler au règlement dans les services publics. Voilà tout. Jusqu'à là tout va bien.

Leur profonde remarque appelle néanmoins une légère interrogation (extrêmement légère) : de tels règlements existent déjà, sauf qu'ils ont de plus en plus de mal à être respectés faute de pouvoir être en mesure de prendre des sanctions sans "stigmatiser"; et même si l'on avertit les perturbatrices qu'il ne s'agit pas d'un signe religieux exigé par leur foi, elles peuvent fort bien se réclamer des droits de l'homme ; d'où l'idée à la longue et de guerre lasse de laisser faire laisser passer, fermer les yeux, se raccrocher à l'idée que c'est "extrêmement minoritaire" s'empresse d'ajouter, de marteler, Alain Duhamel (mais les révolutions ne sont-elles pas faites par des minorités agissantes ?) en tout cas le libéralisme politique fonctionne ainsi de façon assez consensuelle.

Mais une autre remarque, plus ample peut-être, aimerait attirer l'attention de nos trois éminents experts : dans une récente émission de "On refait le monde" sur RTL (émission du 22 décembre 2009) et à propos du procès à venir de l'étudiante française Clotilde Reiss en Iran, vous avez critiqué assez violemment la "République islamique d'Iran" en émettant des doutes non seulement sur les charges retenues contre cette étudiante, mais aussi et surtout sans doute sur la nature du régime considéré visiblement comme peu démocratique. Or, n'est-ce pas là "stigmatiser" l'islam ?
L'Iran se réclame en effet de l'islam et personne ne lui conteste cette identité nationale . Or, comme la politique iranienne est islamique de part en part, critiquer cette politique équivaut en réalité à critiquer l'islam : CQFD.
On ne voit pas en effet pourquoi ce serait si différent que pour la burqa puisque disent d'ailleurs nos trois éminents experts critiquer les porteuses de ce vêtement (non islamique néanmoins selon nos experts, éminents) n'est-ce pas tout de même critiquer l'islam ? D'autant que celles qui le portent s'en réclament et se sentent blessées d'être montrées du doigt.
Or, l'Iran se réclame aussi de l'islam, et le fait de dire que c'est une vision disons "intégriste" de l'islam s'avère en réalité sans fondement puisqu'elle découle d'une vision externe à l'islam, qui plus est "occidentale", donc bien peu qualifiée pour déterminer ce qui est islamique ou non d'une part, tandis que, d'autre part, cette vision reste bien peu qualifiée également pour juger le fait que la République islamique d'Iran ne serait pas démocratique.
En effet, au nom de quoi formuler cette sentence sinon au nom de valeurs "occidentales" qui ne font en réalité que "stigmatiser" l'islam c'est-à-dire aussi l'Iran. Aussi il n'est pas possible de mettre en doute les explications des représentants officiels de sa république islamique. Sauf si ces doutes sont émis par des opposants islamiques, ce qui est différent puisque cela viendrait de conditions internes à l'islam.
Autrement dit, il ne s'agit pas d'une république bananière, mais bel et bien d'une république ayant l'islam comme Constitution. Or, répétons-le,   critiquer l'Iran, mettre en doute ses motivations, c'est critiquer l'islam. Donc c'est stigmatiser. D'autant que l'Iran est reconnu et défendu par des puissances comme la Bolivie et le Venezuela. Or, si ces pays, très soutenus en Europe et en France, soutiennent l'Iran, c'est bien parce que ce dernier est digne de respect. Critiquer ce dernier serait donc nul et non avenu puisque cela reviendrait à "stigmatiser" non seulement l'Iran mais aussi ses "amis".
Et puis l'Iran défend la cause palestinienne face à un Israël qui lui a la bombe et pourrait s'en servir. La politique d'Israël ne fabrique-t-elle d'ailleurs pas en réalité une intransigeance dite "islamiste" qui en retour contribue à "stigmatiser" l'islam ? C'est ce que pense Obama, et depuis toujours Pascal Boniface et Hubert Védrine qui sont entièrement d'accord : la question palestinienne est en effet la condition sine qua non de toute bonne gouvernance au Proche et Moyen orient, cela n'a bien entendu rien à voir avec une supposée intransigeance islamique ou nationaliste refusant le fait israélien. La preuve ? Il suffirait qu'Israël revienne aux frontières de 1967, puis aux frontières de 1947 (en acceptant le retour de 4 à 7 millions de palestiniens en son sein même) pour que tout aille au mieux dans le meilleur des mondes possibles, or Israël refuse donc il alimente bel et bien la déviation islamiste (et même il l'aurait créé). Et cette dernière ne fait que réagir à cette situation injuste (le refus d'Israël d'imploser volontairement) d'où, aussi, la burka et les demandes diverses (tout se tient) qu'il s'agit en fin de compte d'analyser comme des protestations à cet état de fait.

On le voit, il n'est pas en réalité possible sans discriminer de critiquer le port de la burqa, la présence de minarets, l'islam lui-même dans son contenu, et on ne voit guère non plus au nom de quoi la critique du régime islamique iranien serait légitime sans "discriminer". Il n'y a pas deux vérités, l'une au-delà l'autre en deçà. Et d'ailleurs le Hamas lui aussi n'a pas à être critiqué, ni même l'Arabie Saoudite, et pas plus tous les autres pays dits arabo-musulmans caractérisés abusivement d'Etats autoritaires, alors qu'ils ne peuvent pas, du tout, l'être, ce n'est pas possible, ni même pensable, puisqu'ils se réclament de l'islam or l'islam c'est la paix, l'harmonie combative (grand djihad), voire les Lumières elles-mêmes (selon le nouveau Roger Garaudy : Daniel Lindenberg) Lumières qui furent momentanément confiées à l'Occident, comme le Livre fut momentanément confié aux juifs et aux chrétiens avant qu'ils ne le déforment, d'où l'envoi du Prophète pour apporter le "discernement" (Coran) : CQFD
Nos experts éminents doivent en arriver là pour éviter toute incohérence: ce qui est discriminant en politique intérieure s'avère être aussi discriminant en politique extérieure.
Répétons-le : mettre la parole iranienne en doute concernant le caractère pacifique de son entreprise nucléaire, alors que cette parole est une parole islamique de part en part, n'est-ce pas participer, alimenter, l'islamophobie ambiante prélude à des possibles pogroms anti-musulmans que d'éminents spécialistes voient déjà se profiler à l'horizon ? (N'oublions pas en effet que nous vivons sous un régime néopétiniste selon l'éminent philosophe Alain Badiou repris en boucle par ses avatars, Fourest etc). Au nom de quoi traiter en effet de menteurs les musulmans iraniens à propos du nucléaire ? N'est-ce pas insultant ? Est-ce que cela ne suscite pas la haine ? Et est-ce que en voyant une voilée cela ne rappellerait pas les suspicions à propos de la république islamique d'Iran ? Il faut donc devenir cohérent et taire également en politique extérieure toute critique disproportionnée. D'ailleurs, à ce propos, que fait-on en Afghanistan ? N'est-ce pas participer là aussi à la "stigmatisation" ? C'est ce que pensent d'ailleurs nos trois éminents experts. Mais ils ne disent pas la même chose sur l'Iran. Voilà le hic. Pourquoi ? Parce que les iraniens sont shiites ? Parce que les shiites seraient de mauvais musulmans ? Au nom de quoi devrait-on trancher le différend entre sunnites et shiites ? Joseph Macé-Scaron n'est pas loin de cette position. Mais il n'ose pas le dire. Pas encore. C'est curieux. Attendons encore un peu et l'incohérence présente ne sera plus qu'un mauvais souvenir aussi vieux jeu que cette étourderie d'un Pascal Clément considérant que la France ne serait plus elle-même s'il y avait autant de minarets que de cathédrales alors que "la" France a été fondée une nouvelle fois en 1789 nous rappelle un excellent collectionneur de montres de luxe, Julien Dray, qui s'y connaît en matière de temps qui passe, ce qui implique que la France peut fort bien voir ses églises transformer en discothèques comme en Italie et voir les mosquées proliférer (alors qu'elles sont tout autant à demi pleines ou à demi vides c'est selon) tout en restant "la" France et ce à partir du moment où ses "principes républicains" seraient "respectés" ; sauf que l'on ne voit guère au nom de quoi devraient-ils l'être plus que tout autre discours ; après tout ils ne sont pas écrits dans le marbre : ce n'est pas une parole divine, tout dépend du rapport de forces qui peut fort bien évoluer, surtout si l'on ne veut pas "stigmatiser"...
Nous sommes ainsi pas encore au bout de nos surprises tant l'idée de tout céder pour avoir la paix hante nos politiques alors qu'une telle paix n'est autre que celle des cimetières.

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Published by Lucien S.A Oulahbib - dans Amour et paix
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