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17 janvier 2011 1 17 /01 /janvier /2011 07:43

img041107-1214.jpgAinsi, contrairement à ce qu'a prétendu le conseiller du Président Sarkozy, Henri Guaino, le lundi 17 janvier 2011 sur RTL, il y avait beaucoup de choses à faire pour la France la semaine dernière, à commencer par ne pas confondre les responsabilités gouvernementales et parlementaires comme l'avait fait Axel Poniatowski en disant qu'il n'y avait pas de "leçons de morale" à donner alors qu'il sortait de son rôle de Président de la Commission des affaires étrangères du Parlement qui aurait été de soutenir toute mesure allant dans le sens de la démocratie parlementaire précisément ; ne parlons pas ensuite du ministre Bruno Lemaire qui lui est sorti de son devoir de réserve en soutenant explicitement Ben Ali ; et que dire de Frédéric Mitterand qui ne sait pas ce que le mot dictature veut dire ; enfin, la palme revient au ministre des Affaires Etrangères, Michèle Alliot-Marie, donnant des conseils de maintien de l'ordre à la tribune du Parlement. Au lieu de ces divers manques, et alors que Bruxelles et Washington, n'en déplaise à Guaino, étaient sinon à la hauteur des enjeux du moins de la sanglante répression, les dirigeants actuels au pouvoir en France ont au fond perpétué la politique de soutien aux dictatures qui fait le lit des mafias militaro-intégristes et de l'islam radical depuis des décennies. Rien d'étonnant à cela.

Les dirigeants français, (et cela ne date pas de l'équipe actuelle) ont partagé l'idée de certains "experts" avançant qu'il n'y aura pas de transformations dans les pays "arabes" tant que le problème israélo-palestinien ne sera pas réglé (tels les Pascal Boniface, Hubert Védrine et leurs amis de la campagne BDS -Boycott d'Israël qui viennent d'avoir le scalp de Vanessa Paradis). 

Or, aujourd'hui, les tunisiens en révolte (dont j'avais immédiatement repéré l'ampleur bien avant les "experts" de dernière heure) ont dévoilé le pot aux roses : leur misérable sort n'est pas dû au fait que leurs dirigeants transfèrent beaucoup de produits aux palestiniens pour leur permettre de survivre comme je l'ai personnellement entendu par exemple de la femme de Ben Ali en 2002 sur la chaîne radiophonique en langue française lors d'un séjour à Djerba: elle parlait de "sacrifices nécessaires" à faire pour soutenir l'effort du peuple palestinien.

Les Tunisiens, mais aussi les Algériens, Egyptiens, Jordaniens se rendent de plus en plus compte, surtout lorsqu'ils voient sur les chaînes arabophones le niveau de vie des arabes israéliens et même des palestiniens (aucun d'entre eux ne s'est immolé par le feu pour des raisons socio-économiques) que l'argent qui sert à s'offrir les grosses cylindrées, la vie festive et les villas cossues ne va pas aux "enfants palestiniens" comme il est prétendu, mais dans les poches de la mafia militaro-intégriste qui tient ces pays depuis des dizaines d'années avec le soutien occidental et wahhabite.

Voilà la réalité. Les dirigeants français et leurs relais intellectuels divers ont prétendu non seulement lier le sort des peuples nord africains et moyen orientaux au problème israélo-palestinien mais le conditionner à celui-ci alors que ce conflit est maintenu sous poumon politique artificiel par les dictatures militaro-mafieuses et leurs complices occidentaux et ce précisément pour empêcher qu'une paix raisonnable puisse écarter ce faux argument justifiant la misère de ces peuples par l'impossibilité de celle-ci qui, par ailleurs, serait uniquement due à Israël. Tout se tient.

Depuis des années et des années, et ce dans l'ambiance pérorante d'une commisération pédante, une partie de l'élite politico-médiatico-intellectuelle (du pret-à-penser) a cru bon expliquer le manque patent de démocratie réelle dans ces pays à la fois par le problème arabo-juif et à la fois par le fait que ces pays ne pouvaient pas "avoir une démocratie comme la nôtre" alors que la démocratie, tout comme l'électricité, est une technique d'organisation de la Cité dans un contexte culturel donné bien entendu qui fait par exemple que la France n'est pas l'Allemagne, etc. On ne voit pas au nom de quoi, sinon évidemment d'un relativisme postmoderne qui ne peut amener qu'au nihilisme affairiste, le système démocratique ne pourrait pas s'installer durablement dans cette région.

Il serait temps que l'on cesse de donner la parole à ces anciens soutiens des dictatures communistes (URSS, Cuba, Cambodge etc) ou khomeynistes, recyclés aujourd'hui en "experts géopolitiques" des processus démocratiques (sans rire) alors qu'ils n'y connaissent rien ou à peu près. Il est incroyable que d'authentiques experts de la démocratie tels par exemple MM Boudon, Baechler, Manent, ne soient jamais interrogés sur ce point, hormis et heureusement Chantal Delsol (dont le prochain livre fera certainement du bruit j'en parlerai d'ici peu).

Plusieurs algériens ont tenté de s'immoler par le feu. L'un d'entre-eux est mort. Espérons que ces sacrifices ne soient pas fait en vain et que l'on se rende compte en France que la situation socio-politique de ces pays a été voilée depuis des décennies par un déluge d'ignorance. Il est temps d"ouvrir les yeux et d'aider ces peuples à s'émanciper réellement au lieu d'échanger seulement avec eux de la pitié et de la condescendance ("la démocratie ne fait pas partie de leur culture". Ce qui est là le véritable racisme.

PS : sa traduction en anglais : http://www.brusselsjournal.com/node/4646

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Published by Lucien S.A Oulahbib - dans Amour et paix
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