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12 janvier 2011 3 12 /01 /janvier /2011 10:51

Copie-de-venise-20030026.jpgLe carnage en Tunisie, des dizaines de morts abattus comme des chiens enragés (des "terroristes" dit Ben Ali) -qu'aurait-on dit si les israéliens s'étaient comportés ainsi !- peut nous réveiller d'un profond sommeil dogmatique : les Etats, ces monstres froids, sont solidaires les uns des autres, minimisent à outrance, jusqu'à même inventer des définitions en matière de régime : "autoritaire éclairé", dit-on, voire même "démocratie non identique à la nôtre" ânonnent certains députés sur un ton docte, alors qu'il s'agit déjà très strictement d'une tyrannie, régime bien authentifié depuis des millénaires (et on peut affiner avec la qualification de totalitaire) ; on avait vu cet art minimaliste de la caractérisation en Algérie dans les années 90, cela se réitère maintenant, avec des conséquences redoutables non seulement pour la (feu) science politique, mais surtout pour le quotidien de nos démocraties : en effet, en soutenant des régimes dictatoriaux corrompus le personnel politique français en particulier, occidental en général, alimente l'islam radical (ou intégral) qui ainsi a beau jeu de souligner d'une part que ces régimes corrompt l'image de l'islam dont ils prétendent être les représentants officiels (l'islam est en effet religion d'Etat ou source du droit dans la plupart des pays concernés, y compris en Tunisie où le Président doit être musulman) d'autre part l'islam intégral peut montrer du doigt l'Occident en soulignant les contradictions entre les beaux principes affichés et les soutiens machiavéliques réalisés.

"On" nous a trompés en réalité : il n'y a jamais eu de "modérés" (l'actuel leader Turc avait dénoncé ce terme d'ailleurs dès 2007) au pouvoir dans ces pays qui "vaille que vaille" essayeraient dit-on de "moderniser" leur pays, alors que des "méchants" islamistes ("terroristes") veulent les empêcher, en imposant une idéologie rétrograde...

Tout cela s'avère être une contre-vérité, de plus en plus flagrante et ensanglantée : l'Algérie, l'Egypte, l'Arabie Saoudite en particulier se sont toujours réclamés de l'islam authentique qu'il s'agissait de moderniser, en particulier économiquement pour ce dernier pays. Leur jeunesse les croyait, leurs aînés aussi puisqu'ils se sont rebellés contre les occidentaux pour cette raison ; mais voyant que dans les années 70/80 la manne pétrolière loin de créer les emplois espérés servaient à faire de belles routes et de beaux aéroports pour les grosses cylindrés et les jets privés des militaires et des riches familles princières avides de luxe et de porno, cette jeunesse s'est sentie flouée; d'autant qu'elle voyait bien que l'Occident, loin de critiquer cette corruption affligeante, la soutenait. Or, il nous faut respecter cette jeunesse, ces peuples, même si nous sommes en désaccord sur la valeur de leur solution alternative : car ce sont leurs dirigeants qui les ont élevé dans la haine de l'Occident en leur disant que c'est ce dernier qui les volent les humilient, leur promettant alors de les venger, de leur rendre leur dignité, par exemple en trouvant un bouc émissaire parfait, Israël, cause principale sinon unique de leurs difficultés, au dire également de nos si grands chercheurs, politiciens et diplomates français que le monde entier nous envie (les incomparables Védrine, Boniface, Debray, Dumas, Poniatowski, Lemaire...) ; or, qu'ont fait ces régimes depuis leur indépendance sinon pis, au-delà du clinquant en béton construit par les Chinois, (on vit toujours à 15 dans un 8m2 à Alger) le tout avec le soutien occidental...

"On" nous alors dit que si ce dernier soutien s'arrêtait les méchants islamistes allaient tout balayer, comme en Iran, alors que d'une part ce sont ces régimes qui les ont fabriqué, puis nourris comme en Algérie, le FIS étant le fils du FLN comme l'on dit encore dans la rue ; d'autre part les dits islamistes ne sont pas seuls, il existe aussi des démocrates, souvent vilipendés par les régimes occidentaux ou minorisés, parlant par exemple de "partis kabyles" en Algérie alors qu'il s'agissait de partis généralistes ayant toujours mis en avant une Algérie "plurielle" vendue dans les maquis en 1954 avant que la violation des Accords d'Evian montre la réalité uniquement arabiste du régime (les Debray et Dumas ont oublié cette séquence). Les médias français n'étant pas en reste mettant en avant leur origine ethnique et guère leur critique politique généraliste.

Certes, le FIS était arrivé majoritaire en Algérie au premier tour des législatives en 1992, mais précisément il avait réussi à cause de l'islamisation du régime rendu nécessaire pour l'arabiser (le programme des dix mille mosquées sous Boumedienne) la corruption généralisée et du fait que le régime se prétendait musulman ; par ailleurs il n'est pas dit que s'il avait gagné les élections son désir de transformer l'Assemblée en Constituante aurait pu voir le jour parce qu'il aurait fallu passer par un référendum pour transformer la Constitution, or, à ce moment là gageons que les islamistes n'auraient pas eu la majorité et que les démocrates auraient pu en sortir renforcés. Cela ne s'est pas passé ainsi, ces derniers ont préféré soutenir le coup d'Etat militaire, aidé par la France, et les militaires ont continué comme avant, des centaines de milliers de morts abattus eux aussi comme des chiens enragés, moins parce qu'ils étaient islamistes qu'opposants à la gabegie en réalité ; des démocrates, des moines aussi, journalistes etc, ont été égorgés dans la foulée par les services secrets algériens heureux de faire ainsi une pierre deux coups. Il ne faut donc pas s'étonner que l'AKMI en veuille aujourd'hui particulièrement à la France, moins à cause de la loi sur la burka et sa présence en Afghanistan que par son soutien sans faille au régime corrompu algérien ; dire le contraire c'est évidemment ne rien connaître au dossier (pour ne pas en dire plus...).

Ces régimes ont ainsi pendant des décennies fait croire qu'ils étaient des démocraties en devenir, avec leur singularité arabo-musulmane, la France a même financé un Institut du Monde Arabe pour l'affirmer (tout en empêchant la mise sur pied d'une Maison Culturelle Berbère), et a toujours soutenu ces régimes, du Maroc à l'Algérie, pendant que les USA soutenaient l'Egypte et l'Arabie Saoudite.

Cette séquence tunisienne permet alors de tout bien remettre en perspective : prenez le cas de Ben Laden, au départ il en voulait au régime saoudien, puis il s'en est pris aux USA qui le soutenait ; or, Ben Laden a agit dans la plus pure tradition musulmane : le régime gardien des lieux sacrés est considéré comme corrompu, les "vrais" musulmans se retirent, se purifient, et ensuite vont le défier militairement ; Saddam Hussein voulait faire cela aussi lors de la première guerre du Koweït : il s'agissait de prendre ce pays puis l'Arabie Saoudite, s'emparer des lieux sacrés et alors se déclarer Commandeur des Croyants puisque dans le sunnisme il n'y a pas de clergé du fait de la double responsabilité politique et religieuse du Calife. Il est d'ailleurs sinon risible du moins curieux d'entendre certains journalistes interviewer un Malek Chebel en déplorant auprès de lui ce manque de séparation entre religion et politique, Chebel acquiesçant doctement, alors qu'il n'y a pas de séparation, seulement une distinction institutionnelle mais pas constitutive...

Donc Ben Laden en réalité a considéré que le régime saoudien était corrompu et qu'il fallait le mettre à bas pour repartir sur le chemin authentique interrompu depuis la chute de l'empire ottoman (qui avait dévié de toute façon) à savoir la domination mondiale. Mais là encore dire qu'il vaut mieux soutenir les wahhabites que les benladenistes c'est ne pas comprendre que les wahhabites sont les principaux obstacles à une réelle émancipation du peuple saoudien qui dans la foulée en finirait également avec les ambitions djihadistes. Or, loin de réduire celles-ci, l'Occident les renforce puisqu'il prétend qu'elles ne représentent pas l'islam et que ce sont ces régimes qui incarnent absolument ce dernier alors que c'est le contraire qui est vrai : l'islam authentique est en effet dévié par ces derniers, non pas parce qu'ils "modernisent" mais parce qu'ils en donnent une image décadente par la corruption et les moeurs dépravés, les ploutocrates saoudiens étant par exemple très connus dans les milieux de la prostitution de luxe, ce que le peuple sait, mis au courant par les portiers et les taxis des palaces. Or, en soutenant ces régimes corrompus qui en plus massacrent démocrates et journalistes,avocats etc, l'Occident détruit sa propre image auprès de générations qui pour préserver leur dignité se jettent alors dans une solution dans laquelle ils ont été élevés, mais qui s'avère n'être qu'une impasse...

On le voit donc, les Etats, lorsqu'ils ne sont pas contrôlés par de solides institutions démocratiques, sont solidaires contre les Peuples. Ils les vampirisent aussi.

Prenez par exemple les actuels complaintes envers l'Etat français : il casserait le service public alors qu'il casse en réalité la liberté de la société française en empêchant que celle-ci choisisse sa protection sociale, son système d'enseignement dont les coûts grèvent le budget payé par une dette en explosion. Car, en réalité, si les grandes familles arrivent en effet à s'en sortir avec les niches fiscales, le salariat, lui, y compris, les plus hauts salaires, sont matraqués par des charges de plus en plus incommensurables qui sont engloutis dans des systèmes qui soignent et instruisent de moins en moins bien.

C'est le trop de charges sociales qui casse la croissance française, qui casse alors le service public puisque celui-ci attend la manne des transferts (qui ne peuvent arriver faute d'impôts en suffisance en période de décroissance) et ce au lieu d'innover et de s'allier avec le privé dans le cadre de contrats universaux. Et comme l'Etat a su se faire soutenir, à gauche et à droite, par des grandes familles comme les Betancourt, les Rotchild, qui elles-mêmes tiennent à bout de bras des médias exsangues, ou qui se soutiennent mutuellement, comme les Etats (la nouvelle affaire PPDA est exemplaire sur ce point comme le montre dans de nombreux articles l'Express) l'immobilité prévaut, c'est-à-dire le plus de déficit, le plus de destruction des liens sociaux par un communautarisme implicite issu d'une immigration clandestine produite par la misère suintante des régimes que l'Etat soutient : la boucle est ainsi bouclée, tout se tient, au détriment des peuples, et l'on n'en voit guère la fin. Il serait temps de rompre avec tout cela si nous ne voulons pas subir et le déshonneur et la guerre. Ce qui implique l'émergence d'une nouvelle génération de politiques, d'intellectuels, d'entrepreneurs. Mais la chape de plomb des mêmes qui nous poussent vers le précipice tient bon. Comme elle tenait bon en 39. Pour le plus grand malheur des peuples.

 

PS : soulignons l'initiative de The Brussels Journal qui dorénavant traduira certains de mes articles

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Published by Lucien S.A Oulahbib - dans Amour et paix
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Thot Har Megiddo 14/01/2011 16:53


Iran, Algérie, Tunisie… Par Alain Rubin
http://www.aschkel.info/article-iran-algerie-tunisie-par-alain-rubin-64919853.html

Explosif Maghreb par Raphaël Draï
http://www.aschkel.info/article-explosif-maghreb-par-raphael-drai-64904370.html

Et pour information sur AQMI
Mirage ou menace au Sahel : Al-Qaïda au Maghreb Islamique, Par Stéphane MANTOUX
http://www.aschkel.info/article-al-qaida-au-maghreb-islamique-analyse-par-stephane-mantoux-64957354.html

Otages du Niger - Le Ministère de la Défense apporte de nouvelles précsions
http://www.aschkel.info/article-otages-du-niger-le-ministere-de-la-defense-apporte-de-nouvelles-precsions-64959159.html